La Truite commune et ses techniques de pêche

Du nom scientifique Salmo trutta fario

salmonidé truite commune poissonLa première mention du mot “truite” en langue française apparaît en 1555 dans le livre de Pierre Belon du Mans, La nature et diversité des poissons. Il y décrit la “truite” ainsi que la “truitte saulmonière” ou “truitte saulmonée”. Le nom “truitte”, puis “truite” viendrait du latin tructa qui dériverait lui-même du grec troktes qui pourrait se traduire approximativement par “vorace”… Les pêcheurs qui ont vu une fario chasser à grand coups de mâchoires dans une bande de vairons en train de frayer reconnaîtront bien là, en effet, un des traits de caractère essentiels de l’espèce.

Parmi les très nombreuses appellations scientifiques dont les savants ichtyologues ont affublé la truite, Salmo variabilis, aujourd’hui obsolète, fut sans doute une de celles qui correspondaient le mieux à la réalité.

Les “formes écologiques” d’un même poisson

Peu de poissons en effet présentent autant de différence de tailles, de robes ou de comportements que la truite commune, selon les différentes rivières ou lacs où on la rencontre. Mais que cette extrême diversité, qui se manifeste surtout dans les tailles, qui peuvent varier de 15 cm à plus de 1m à l’état adulte pour un poids de 30g à plus de 20kg, ne nous trompe pas: la truite de rivière ou de ruisseau (Salmo trutta fario), la truite de lac (Salmo trutta lacustris) et la truite de mer (Salmo trutta trutta) ne sont que ce que les scientifiques appellent aujourd’hui des “formes écologiques” d’un seul et même poisson, la truite commune.

Le comportement alimentaire

Très éclectique et opportuniste dans la recherche de sa nourriture, la truite commune mangetout ce qu’elle trouve dans la rivière ou qui est susceptible de tomber à l’eau. Pendant les deux premières années de leur vie, les truitelles consomment surtout des insectes, des crustacés, et d’autres petites proies (vers, alevins, têtards, sangsues…) Devenues adultes, elles continueront à se nourrir d’insectes aquatiques (éphémères, trichoptères surtout) comme d’insectes terrestres tombés à l’eau ( sauterelles, grillons, coléoptères, diptères…) et de toutee la microfaune d’invertébrés benthique (vers, crustacés, escargots d’eau, sangsues…) qui vit cachée dans les herbiers ou sous les pierres, mais elles n’hésiteront pas à faire une chasse active aux vairons et autres petits poissons. De temps à autre, un oisillon tombé du nid ou une musaraigne aquatique feront les frais d’un repas.

La reproduction de la truite commune

Dans notre pays, le frai à lieu, selon les régions et l’altitude, entre la mi-novembre et début janvier. Il est souvent accompagné d’une migration vers l’amont variant de quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres. Mâle et femelles remontent soit le cours de la rivière principale, soit celui des ruisseaux affluents, afin d’y trouver un substrat adéquat pour y déposer leurs œufs. Tout comme chez le saumon, c’est la femelle, et elle seule, qui nettoie et creuse le sillon dans les graviers du fond, où les œufs seront déposés, fécondés par le mâle et aussitôt recouverts. Ainsi enfouis, à l’abri de la lumière et des prédateurs, il leur faudra en moyenne trois mois dans une eau à 4 ou 5°C pour éclore. Jusqu’à la résorption complète de la vésicule vitelline, les alevins resteront eux aussi bien à l’abri dans les interstices des graviers et des petits galets qui constituent la frayère. Une truite de 1kg pond environ deux mille œufs de teinte orangée et d’un diamètre compris entre 4 et 6mm.

La pêche aux leurres  de la truite commune

l’apparition sur le marché de micro leurres high tech a remis au goût du jour la pêche de la truite au lancer ultra léger, technique qui du point de vue de la sportivité n’a rien à envier à la mouche.

Un crankbait dans les pools profonds

Il est difficile de dire où sont calées les truites. Généralement, elles se nichent dans les parties calmes et profondes de la rivière, là où peu d’indices lisibles en surface peuvent laisser deviner la configuration des fonds. Du coup, vous choisissez un leurre de prospection conçu pour nager en profondeur: un crankbait au corps rondouillard, doté d’une longue bavette destinée à le faire plonger rapidement à la récupération plus lente, entrecoupée de tirées sèches et de brusques accélérations qui font rebondir le poisson nageur sur le substrat. En raclant le sable, la longue bavette soulève un nuage de sédiments qui attire le regard du poisson et stimule l’agressivité. Lorsqu’il heurte un obstacle, le leurre dévie brusquement de sa trajectoire: il adopte ainsi une nage heurtée, imprévisible, qui simule celle d’une proie en fuite.
Les petits crankbaits, qui ont le vent en poupe aujourd’hui, sont inscrits au catalogue de presque tous les fabricants et distributeurs.

Une tournante dans les plats et les amortis

Très souple d’emploi, d’une grande polyvalence, la cuillère tournante se prête bien à une prospection de postes précis dans toutes les zones pas trop profondes ni trop rapides de la rivière. Dans les conditions d’ouverture et face à des poissons généralement peu actifs, il faut choisir judicieusement les tailles, les couleurs et les formes. Dans le cas d’une pêche de postes bien identifiés en eau peu profonde, nous vous suggérons l’emploi d’une cuillère palette ongle 1 ou 2, qui  entre en rotation dès sa prise de contact avec la surface, aux plus faibles vitesses de récupération.
A l’arrière des plats, là où le courant s’accélère légèrement avant de former un pool large et profond, remplacer votre leurre par une cuillère à palette “feuille de saule”, plus allongée et tournant plus près de l’axe, qui “tire” moins à la récupération et pêche donc plus “creux”. Le choix des couleurs peut exercer une influence. Dans les eaux cassées ou par temps sombre, mieux vaut privilégier les dominantes argentées, tandis que dans les eaux claires et par temps ensoleillé, les tonalités dorées, voire noires sont préférables.

Une ondulante dans les courants

La cuillère ondulante semble offrir le meilleur compromis pour une prospection méthodique des lames d’eau puissantes et profondes. Cette cuillère pêche en effet beaucoup plus “creux” qu’une tournante, car le courant prend moins appui sur la palette. Peu utilisée, elle crée moins ce phénomène d’accoutumance que l’on reproche aux cuillères tournantes: sa nage virevoltante, inhabituelle et terriblement réaliste, fait vraiment bouger les poissons surtout les grosses truites !
Son action dépend de sa forme, de l’épaisseur et du poids de sa palette. On distingue globalement deux grandes catégories d’ondulantes: celles à palettes étroite, effilée et fine, et les modèles à palettes large et trapue.

Un leurre souple dans les fosses

Les basses températures du début de saison vous obligent souvent à procéder avec lenteur et méthode, d’abord à l’aplomb du scion, en dandine verticale. Le leurre souple se prête à merveille à ce type d’animation. Vous laissez couler un classique petit shad imitatif, plombé en tête, animé près du fond puis entre deux eaux. Vous pouvez aussi opérer au drop shot, un montage qui se prête à des manœuvres de dandine verticale conférées à distance. Des animations minimalistes très intéressantes pour exploiter les fosses, mais aussi les gradins et les éboulis.

La pêche de la truite aux appâts naturels

Contrairement à une idée reçue, la pêche de la truite aux appâts naturels peut être aussi respectueuse du poisson que la pêche à la mouche ou aux leurres artificiels. 

La pêche au toc ou “à la Sempé”

La pêche moderne au toc ne devrait plus s’appeler ainsi, sauf pour ceux qui cherchent à remplir un panier de truites de bassine, que  de trop nombreuses sociétés de pêche continuent encore de déverser les veilles d’ouverture. En effet, quand il s’agit de poissons sauvages, le pêcheur qui, aujourd’hui sur un parcours public, attendrait de ressentir dans la main qui tient la canne les “toc-toc”, transmis par le fil, d’une truite qui mordille l’appât n’aurait bien peu de chances de remplir son panier. En effet, si le pêcheur qui contrôle bien la dérive de sa ligne va ressentir les coups de mâchoires de la truite, celle-ci va ressentir une résistance suspecte qui lui fera recracher l’appât bien avant le deuxième toc… C’est pourquoi de nombreux pêcheurs parlent aujourd’hui de pêche “à la Sempé” Pierre Sempé, natif d’un petit village de la Haute Garonne, est en effet le pape incontesté de cette nouvelle forme de pêche aux appâts naturels. Comme il le dit et le répète inlassablement à ses stagiaires ou à ses élèves des écoles de pêche: “Bien sûr, il y a eu une époque où les attaques franches et généreuses des truites provoquaient le fameux toc qui déclenchait en retour sur une ligne tendue le ferrage. Aujourd’hui, dans nos rivières surpêchées, cette spontanéité et naïveté du poisson ont disparu. Il est impératif de ferrer avant d’avoir senti le moindre toc, il faut anticiper”.

Le contrôle de la dérive

L’idéal est en fait de ferrer la truite, dont nous savons qu’elle vient de saisir l’appât dans sa gueule, sans qui le moindre tiraillement lui indique que cet appât est au bout d’une ligne. Pour cela, il faut être extrêmement concentré ou anticiper la touche, du moins la déceler immédiatement avant que le courant n’appuie sur le fil et ne prévienne la truite et la traitrise. Dans la pratique, comment faire ?
Tout d’abord, il est primordial d’avoir une ligne en nylon fluorescent, vraiment très visible, même dans  de mauvaises conditions de visibilité. Ensuite il faut que cette ligne, réduite à sa plus simple expression( le fil avec un ou deux tout petits indicateurs de touche), supporte un bas de ligne en nylon transparent, parfaitement équilibré dans sa plombée.
Enfin, il faut que le pêcheur contrôle, tout au long de la coulée qu’il a choisi d’effectuer, sa ligne de telle façon qu’elle ne soit jamais tendue, qu’elle dérive à la vitesse du courant et qu’elle présente l’appât en premier. Si ces trois dernières conditions se trouvent réalisées, la truite qui la saisira l’appât ne se doutera de rien avant que le pêcheur observe l’arrêt de son indicateur de touche en même temps que la bannière se tendra légèrement. Il faut alors ferrer et la truite sera à l’autre bout.

Les appâts pour la truite commune

Les vers-vers de berge, vers de terreau ou lombrics sont des appâts lourds, idéaux à l’ouverture et en début de saison quand les eaux sont encore fortes et souvent teintées. Les teignes, vers d’eau, vers de farine ou asticots, sont des appâts mi-lourds, qui feront merveille dans les petites rivières ou plus tard en saison, quand le courant sera moins fort dans les cours d’eau à grand débit. Enfin, les appâts légers que sont les insectes en général, d’un poids peu élevé par rapport à leur volume, comme les mouches, seront réservés à la pêche plus tard en saison, quand les eaux seront basses et claires.

La pêche de la truite au vairon mort

En début comme en fin de saison, pour tromper les grosses fario sauvages, rien ne remplacera jamais un vairon mort sur une monture casquée, Drachko ou Rhodoïd.

Deux types de montures suffisent

Quand on peut s’en procurer, les vairons frais restent, en début de saison, l’un des plus sûrs moyens de tromper les vraies truites sauvages. Même si on les utilise mort ( en les tuant d’une pichenette sur le dessus du crâne), ces poissonnets devront si possible être conservés vivants jusqu’au moment de les arrimer sur la monture. Pour ce qui est des montures, il en existe autant de modèles que de fabricants et chaque région a ses préférences. Dans un souci de simplification, gage d’efficacité, il est possible de se limiter à deux types, ce qu est amplement suffisant pour pratiquer au vairon mort dans toutes nos eaux.

La Drachkos remplace parfaitement le casque

Pour les rivières à moyen ou à grand débit et au courant régulier, une monture nageuse avec un disque de Rhodoïd en tête, permettra, après un long lancer trois quarts aval, de maintenir pendant la dérive le vairon dans une attitude “frétillante” assez proche  de la réalité. Pour les petites rivières et les ruisseaux, la monture Drachko adaptée à la taille du vif, présente dans cette pêche les mêmes avantages que pour toutes les autres pêches au poisson mort. En eau peu profonde, ce qui sera souvent le cas pour la pêche à la truite, plombée de tête sera purement et simplement supprimée, l’enroulement du fil de cuivre ou de laiton qui maintient le poissonnet sur la monture étant suffisant comme poids au nez d’un petit vairon pour le faire basculer vers le fond au moindre relâcher. Dans les rivières profondes ou à gours, repaires des grosses truites, la Drachko, plombée cette fois à la demande d’une  chevrotine de 3 à 8 g, remplacera très avantageusement l’ancienne monture casquée, beaucoup plus rigide en action de pêche surtout difficile à maintenir en place au nez du poisson mort.

La pêche à la mouche

Autrefois considérée comme élitiste et difficile, la pêche à la mouche s’est démocratisée en même temps qu’elle est devenue plus facile à pratiquer.

La pêche à la mouche est à la mode. Retour aux sources, reconnaissance des vraies valeurs, respect de la nature, écologie, challenge face à un adversaire, la truite, difficile à prendre en défaut et que l’on n’est pas obligé de tuer si l’on y réussit, c’est tout cela et bien d’autres choses encore, la pêche à la mouche.
“D’où vient que les Français sont restés si longtemps insensibles aux séductions d’un sport qui, depuis des centaines d’années, fait les délices de nos voisins les Anglais ?” s’interrogeait en 1897 Albert Petit, président de la Cour des comptes et auteur de ” La truite de rivière” ouvrage consacré à la truite de rivière et à sa pêche à la mouche artificielle. Car si l’on doit bien reconnaitre que les Anglais, en pleine apogée de l’air victorienne, ont effectivement codifié le noble art du fly-fishing, ils l’ont également tellement corseté dans des règles strictes, qu’ils ont enfermé dans une tour d’ivoire pendant le demi-siècle qui suivit. De toute façon, dans nos régions, les paysans bretons et auvergnats pêchaient à la mouche en fabriquant des mouches artificielles rustiques avec les plumes de coqs de leur basse-cours et ce bien avant que les messieurs de Paris ou de Lyon ne découvrent dans les année 1930 qu’il était distingué de faire comme les lords britanniques. Mais loin de tout snobisme, reconnaissons  que tout dans cette pêche est beau élégant et noble.

La pêche de la truite commune à la mouche

Le geste du lancer, une fois maîtrisé, se perfectionnera de lui-même et la beauté du style viendra tout naturellement ensuite. Les mouches aussi sont belles et , si au départ, elles sont censées imiter les insectes dont se nourrissent les truites, de nombreux pêcheurs se font également plaisir en assemblant artistiquement autour de l’hameçon de savant mélanges de plumes d’oiseaux exotiques et de fils colorés et brillants. Quelquefois, ces modèles de fantaisie plaisent également aux truites. Pourtant, pour certains, ils ne ressemblent à rien de ce qui existe dans la nature et dont se nourrissent les poissons. Une énigme de plus à résoudre et qui fait le charme de la pêche à la mouche.

Sèche, nymphe ou noyée ?

Les truites se nourrissent d’insectes qu’elles prennent soit à la surface de l’eau , soit entre deux eaux, soit sur le fond de la rivière. En fonction de la saison, de l’heure de la journée ou  même du type d’insecte qui est en train d’éclore, le pêcheur devra donc adapter sa technique pour présenter ses imitations à l’étage d’activité du moment. Les insectes aquatiques passent la plus grande partie de leur vie à l’état larvaire, cachés sous les pierres ou enfouis dans les sédiments du fond de la rivière. Cela n’empêche pas pas les truites d’en faire qu’une bouchée à ce stade grande consommation.

La nymphe à vue

Dans les rivières claires et à courant assez lent, il est possible (lunettes polarisantes indispensables) pour qui sait observer en se cachant, de repérer sur le fond les poissons qui se nourrissent de cette façon. Tout l’art du pêcheur à la nymphe consiste alors à présenter à vue une imitation lestée devant le nez du poisson sans l’effaroucher, l’artificielle devant imiter une proie de dérive entraînée au-dessus du fond par le courant. De toutes les pêches à la mouche, la nymphe à vue est certainement la plus difficile.  Le pêcheur doit parfaitement contrôler les paramètres de dérive et de profondeur d’une toute petite artificielle et connaitre en permanence sa position par rapport à celle de la truite.

La mouche noyée

Seule méthode employée jusqu’à l’avènement de la mouche sèche à la fin du XIXème siècle, cette mouche imite un insecte aérien ou terrestre que le courant aurait noyé et qui est entraîné à quelques centimètres sous la surface. C’est une pêche un peu passée de mode, mais qui reste très efficace en début de saison.
On utilise généralement un bas de ligne portant deux ou trois mouches de tailles et couleurs différentes, non lestées généralement, que l’on plaque dans les courants et que l’on laisse dériver trois quarts aval. Il s’agit en fait, en “peignant” la rivière, de faire passer les mouches au-dessus des postes supposés des truites. La touche se manifeste soit par un remous en surface, soit par l’éclair du poisson entraperçu sous l’eau, soit, si la prise de l’artificielle a lieu plus profondément, par une tape sur le scion de la canne ou une tirée sur la soie tenue à la main.

La pêche de la truite en sèche

Cette fois, la mouche artificielle, graissée le plus souvent, va imiter un insecte parfait qui vient de se métamorphoser et dérive en surface le temps de sécher ses ailes avant de s’envoler ou un insecte terrestre tombé malencontreusement dans l’eau. Dans tous les cas, la prise en surface est nettement visible et audible au milieu du gobage, cercle magique pour le pêcheur, que fait le poisson quand il vient aspirer ou gober sa proie. Pour les puristes, la présentation de l’artificielle doit alors obligatoirement se faire upstream, en amont du gobage, et tout l’art du pêcheur consiste à laisser dériver sa mouche le plus naturellement possible jusqu’à celui-ci. La truite, que le poser de la soie et du bas de ligne ne doit pas avoir mise en éveil, inspectera alors la mouche et si la ressemblance est suffisante, la truite la gobera.