L’Anguille et ses techniques de pêche

Nom scientifique: Anguilla anguilla

anguille pêche carnassierAprès le saumon et l’esturgeon, l’anguille est en train de rejoindre, dans nos eaux, la liste des poissons menacés d’extinction. Dans presque tous les estuaires de notre façade atlantique, la régression spectaculaire du nombre de captures, aussi bien d’anguilles adules que de civelles, est aujourd’hui une triste réalité. Il n’y a pourtant pas si longtemps, cette espèce était encore pêchée en telle abondance que pêcheurs professionnels et scientifiques pensaient, à tort, que ni les pollutions ni la sur pêche n’arriveraient à faire chuter les effectifs de ce poisson décidément pas comme les autres.

Anguille jaune ou argentée ?

L’anguille, ce poisson serpentiforme, ne peut être confondue avec aucune autre espèce de nos eaux douces. Selon le moment de son cycle, elle présente deux formes bien distinctes: l’anguille jaune (forme sédentaire), qui reste entre dix et vingt ans dans nos rivières ou plans d’eau, et l’anguille argentée (forme migratrice) qui, après sa métamorphose, quitte les eaux douces pour entreprendre son grand voyage de reproduction vers la mer des Sargasses.
L’anguille européenne est présente dans les eaux douces, courantes ou dormantes de tous les pays de la façade atlantique, depuis le nord du Maroc jusqu’au cercle polaire en Norvège. On la rencontre également dans la plupart des cours d’eau du bassin méditerranéen, ainsi que dans les affluents de la Baltique. lors de sa migration trophique (liée à l’alimentation et à la croissance), l’anguille colonise pratiquement tous les milieux aquatiques d’eau douce que l’on connaît, depuis les estuaires jusqu’aux zones amont des cours d’eau. Il n’y a guère que les torrents, barrés de cascades infranchissables et les lacs de haute montagne qui n’en hébergent pas.

On la trouve partout

Depuis les marais ou étangs côtiers jusqu’aux cours d’eau de montagne situés à plus de 1000 kilomètres de l’Océan, les anguilles se plaisent partout. Dans les eaux froides, pures et courantes des torrents comme dans celles, boueuses et tièdes, des étangs. Les densités les plus importantes d’anguilles sont rencontrées dans les cours d’eau côtiers ou dans les marais et étangs du littoral. Surtout actives la nuit ou par temps d’orage, les anguilles se tiennent durant la journée à l’abri de la lumière.

Le comportement alimentaire

Carnivore, mais très éclectique, l’anguille adapte et oriente son régime alimentaire en fonction des proies les plus représentées dans le milieu où elle vit. Ainsi, dans les ports, les estuaires ou les étangs d’eau salée, les crevettes, les petits crabes et les vers de sable constitueront-ils la base du régime.
Dans les eaux douces, les invertébrés benthiques (larves d’insectes, vers, sangsues,escargots d’eau, écrevisses) ainsi que les petits poissons (vairons, goujons, ablettes) représenteront l’essentiel des proies ingérées.

Le frai

Les anguilles européennes, donc, se reproduiraient quelque par dans l’immense mer des Sargasses dont les fonds abyssaux descendent jusqu’à 6 000 mètres. Des expériences de maturation sexuelle réalisées en enfermant des anguilles dans un caisson de plongée ont permis le développement des ovocytes (oeufs avant la fécondation) au nombre de 1 à 2 millions par femelle, ce qui correspond à une prolificité que l’on ne connait guère que dans le monde des insectes. De ces expériences, les scientifiques déduisent que les anguilles doivent se reproduire à une très grande profondeur, certainement à plus de 1 000 mètres, même beaucoup plus.

La pêche à la calée

Compte tenu des menaces qui pèsent sur l’espèce, la pêche à la ligne de l’anguille risque à très cour terme d’être interdite en France. Ce poisson de fond est principalement sollicité à la plombée, à la faveur des heures crépusculaires.

Une pêche crépusculaire

Si cette pêche ne nécessite pas la mise en œuvre d’un matériel très sophistiqué, elle requiert en revanche une bonne identification des postes occupés par le poisson. L’anguille occupe en effet les parties calmes et profondes de la rivière, bien pourvues en obstacles immergés. La présence de souches noyées ou d’enrochements est toujours très favorable. Certaines heures et conditions sont également plus propices. L’anguille adoptant des mœurs crépusculaires ou nocturnes, les meilleures chances de capture sont ainsi offertes le soir, à la tombée de la nuit. Elle peut aussi s’activer en plein jour, par temps sombre et dans les eaux hautes et teintes. L’été, une brusque montée des eaux consécutive à des pluies d’orage offre ainsi presque toujours de bonnes opportunités de capture.
Vous la pêcherez classiquement à la plombée, en immobilisant l’esche sur le fond de la rivière: soit à l’anglaise si vous êtes adepte de techniques fines, soit beaucoup plus simplement à la calée, à l’aide d’une canne à lancer posée sur un support.

Montage et action de pêche

Le montage comporte une olive de 15 à 30g qui vient buter sur un émerillon à agrafe soutenant le bas de ligne, long de 30cm, lui même armé d’un hameçon simple n°4. Si l’esche la plus utilisée est un gros ver à tête noire, il ne faut pas négliger pour autant un poisson mort posé, un petit vif (able, vairon…), pourquoi pas un tronçon de tripe de poulet.
L’arme secrète des pêcheurs manouches: l’ablette séchée, fixée sur un montage surélevé.
La touche se manifeste par de petites tirées exercées sur le scion, puis par un départ plus ou moins franc. Il faut laisser bien engamer avant de ferrer d’un geste ample et de mouliner rapidement: le poisson doit en effet être remonté aussi vite que possible avant qu’il ne gagne un obstacle d’où il sera difficile de le déloger. Une petite astuce pour manipuler cette espèce très gluante qui glisse entre les doigts:  se servir de papier journal, qui lui colle à la peau et l’empêche de glisser.

La vermée

Ce procédé très ancien est toujours pratiqué par quelques “vielles mains” dans certaines régions comme le Marais poitevin. Il consiste à enfiler des lombrics à l’aide d’une aiguille à matelasser sur un fil de coton de manière à confectionner un chapelet qui est ensuite replié sur lui-même en plusieurs fois. Une plombée lourde (olive de 40 à 60g) est placée au centre du paquet de vers, coulissant sur un cordeau qui soutient le chapelet. L’ensemble est déposé sur le fond, qui doit être lisse, régulier et ne pas excéder 1,5mètre. A la touche, vous remontez l’ensemble d’un mouvement la vermée une fois qu’ils se trouvent au-dessus de la berge, retombant dans un parapluie ouvert disposé à cet effet. Ils demeurent prisonniers des baleines où il ne reste plus qu’à les cueillir.

Les pêches de la lote

Timide et méconnue, la lote un hôte discret de nos rivières qui, comme l’anguille, adoptes des moeurs crépusculaires. On la pêche sensiblement de la même manière. A poste fixe et par temps de crue, elle est sollicitée dans des remous calmes et profonds à la plombée, amorcée d’un bouquet de vers de terreau bien frétillants. Cependant, en Marne notamment, quelques passionnées se sont spécialisés dans sa pêche à l’anglaise, avec un montage approprié comportant un plomb poire relié a un antitangle. Une classique olive coulissante convient également, posée près d’un arbre mort noyé ou d’un bloc rocheux. Les partisans de la ligne flottante peuvent aussi opérer à l’anglaise. Le flotteur, de type waggler, est toujours réglé de manière à faire évoluer le bouquet de vers au ras du fond.

 

 

Source: Pierre Affre & Pascal Durantel